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28 juin 2021Événement dans l’événement : dans le cadre des Rencontres d’art urbain «34°», les street artistes Bellus et Zicho présentent l’exposition «Point de départ» jusqu’au 27 août à l’Hôtel de Ville. Pour Bella Bah, alias Bellus, cet accrochage est inédit : l’artiste d’origine guinéenne expose pour la première fois ses toiles au style exotique et coloré.
Bella, que représente pour vous cette exposition « Point de départ » ?
Pour ma part, c’est ma première « vraie » exposition. Avant ça, j’ai surtout exposé mes sérigraphies à l’occasion de salons. J’imagine cette expo comme le point de départ d’une grande histoire ! Elle met en lumière mes racines, au travers de portraits ou de souvenirs qui ont marqué mon enfance, les ethnies, la diversité des cultures, la notion d’accueil... Contrairement à ce que je fais d’habitude, j’ai travaillé sur des grands formats et sur des thématiques plus personnelles. J’ai mis mon âme dans cette exposition.À quel moment l’art est-il devenu une évidence pour vous ?
J’ai toujours été fasciné par le graphisme des dessins animés et des mangas de mon enfance. Je suis originaire de Guinée ; là-bas, j’ai vite compris que cela allait être difficile de réaliser mon rêve de devenir artiste. J’ai toujours eu en moi cette envie de voyager, alors je suis parti pour l’Espagne, puis la France. Comme j’avais appris le français dans mon école guinéenne, l’inté- gration a été plus facile. Ici, j’ai eu accès aux livres, aux comics Marvel, à la médiathèque : tout était à disposition pour apprendre et me nourrir !Vous dites que votre art est aussi une échappatoire...
C’est ce qui m’a permis d’être là aujourd’hui et de surmonter les épreuves. Quand je dessine, je ne pense qu’à ça, j’oublie le reste et j’avance. Vu que mon histoire n’a pas toujours été belle, je mets beaucoup de couleurs dans mes œuvres, c’est un équilibre entre le beau et la tristesse. Souvent, c’est juste du beau. Les couleurs traduisent mes émotions, mon histoire et mes expériences, j’ose des associations pour appuyer la diversité. Je fais beaucoup de portraits africanisés car ils rappellent mes origines : en les colorant je souligne la mixité plutôt que l’identité. Pour moi, la différence, c’est ce qui fait la beauté.Votre parcours justement, pouvez-vous nous en parler ?
Arrivé en France, j’ai été pris en charge par une association qui venait en aide aux migrants, avec laquelle j’ai construit un projet professionnel. Moi, c’est simple, je voulais être artiste ! On m’a dit que la seule manière d’y arriver était de faire les Beaux-Arts, ou au moins de la peinture en bâtiment. J’ai donc entamé des études. Parallèlement, on m’a mis en contact avec l’association LineUp, qui m’a proposé un stage. J’y ai connu beaucoup de beaux projets et d’artistes autodidactes, je me suis très vite senti chez moi. En voyant l’envie et la motivation des artistes, j’ai compris que je pouvais vraiment y arriver.Vous avez suivi vos études en parallèle ?
Il y a deux ans, j’ai obtenu mon CAP de sérigraphie industrielle. Actuellement, je suis apprenti-sérigraphe et je prépare le Brevet des Métiers d’Arts (BMA) au lycée professionnel Frédéric Mistral de Nîmes. Les profs ont vu ma motivation et comme je suis le seul apprenti dans ma classe, ils adaptent l’emploi du temps. Côté apprentissage, je suis à la Maison d’édition Anagraphis à Saint-Georges-d’Orques, reconnue au niveau national, c’est une vraie chance. Je participe parallèlement à des salons dans toute la France, surtout pour présenter mes sérigrahies. Entre l’école, l’apprentissage et les projets je suis bien occupé !« Ce sont les gens qui font de moi un artiste »
© LineUp
Justement en dehors de vos études, participez-vous à des projets artistiques ?
J’ai réalisé ma première fresque dans le quartier Méditerranée à Montpellier : LineUp m’a un peu poussé parce que je manquais d’audace ! L’artiste Zest, qui a un don pour les couleurs, m’a aussi guidé. Sur les réseaux sociaux ça a pas mal pris, j’étais comme une petite star ! Ce qui est étrange car au fond, je ne fais que dessiner, ce sont les gens qui font de moi un artiste. Il y a un moment où ça prend de l’ampleur, les gens s’intéressent de plus en plus à votre art, je trouve ça incroyable. Il est vrai que les réseaux sociaux m’apportent une belle notoriété. Le côté artistique, il vient tout seul : un peu comme au foot, j’aime créer et faire de beaux gestes… avec mes mains.Quelle est l’œuvre dont vous êtes le plus fier aujourd’hui ?
Probablement celle du transformateur réalisé à Bagneux dans le cadre du projet « Art en ville ». C’était mon premier projet institutionnel commandé par une mairie, j’étais non seulement rémunéré mais j’ai aussi fait de très belles rencontres. Les gens étaient contents d’avoir cette œuvre dans leur quartier, il y a eu des retours très positifs, je suis vraiment fier de cette fresque.© LineUp
Quels sont les artistes qui vous inspirent ?
J’admire Zest parce que c’est un excellent coloriste. J’aime aussi l’artiste Hopare, son travail sur les visages : ses sculptures face à la colonnade du Louvre en soutien la culture sont magnifiques... Côté dessin, j’aime les traits fins que l’on retrouve chez Nubian et chez Maye.© LineUp
