SOYONS VIGILANTS : LE MOUSTIQUE TIGRE EST DE RETOUR
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26 mai 2021Anne-Gaëlle alias "Noon" fait partie des cinq artistes qui animeront et coloreront Juvignac à l’occasion des premières Rencontres d’art urbain « 34° ». Son projet ? Une immense fresque sur le sol du passage de l’école Nelson Mandela. Enthousiaste, elle se confie sur sa vie d’artiste et sa prochaine œuvre (juvignacoise) d’envergure.
Noon, comment êtes-vous devenue « street artiste » ?
J’ai d’abord fait les Beaux-Arts de Montpellier avant de devenir graphiste. Aujourd’hui, je me définis plutôt comme une artiste plasticienne. Je travaille sur différents supports et différentes échelles, aussi bien des étiquettes de bouteille de vin que des fresques. La fresque, c’est ce que je préfère parce que c’est à l’échelle du corps. L’exercice est très physique car il faut être en forme pour bouger les échafaudages, transporter les pots de peinture, s’adapter à la météo...Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Les arts indiens, l’art nouveau et le mouvement des arts décoratifs. J’aime les bas-reliefs, la ferronnerie ou l’architecte écossais Mackintosh. J’ai appris les arts plastiques en étudiant Jean-Michel Basquiat (street artiste new-yorkais, ndlr). Son travail brut a été mon premier choc artistique.On constate que les arts urbains, aujourd’hui démocratisés, ne sont plus l’apanage des grandes villes ou des lieux abandonnés…
Certains amalgames ont été faits entre graffitis et tags avant que des artistes plasticiens ne se mettent à peindre à plus grande échelle, sur des surfaces immenses. Ce qui est génial c’est de s’approprier les espaces publics, de peindre dans les lieux de vie communs. Aujourd’hui, des maires de petites villes, souvent d’une autre génération, s’impliquent et s’avèrent être hyper modernes.« Une fresque au sol, c’est une première pour moi ! »
À Juvignac, vous allez transfigurer le passage de l’école Nelson Mandela. Quelle est votre intention créative ?
J’avais très envie de me lancer ce défi : faire en sorte que les habitants aiment marcher sur un parterre coloré. J’ai pensé ce chemin sinueux comme un cours d’eau, avec beaucoup de bleu. J’aime l’idée de mélanger la nature avec les lignes de béton, dans un esprit art nouveau. Je vais utiliser cet espace urbain de façon graphique en mettant en perspective l’environnement, le mobilier ou les bâtiments qui l’entourent. J’ai hâte ! Avec les Rencontres « 34° », Juvignac a choisi de faire travailler les artistes locaux et de soutenir la culture en général, je trouve ça super.Votre vie d’artiste, elle ressemble à quoi ?
C’est une chouette vie, même si j’ai mis longtemps à m’assumer en tant qu’artiste : j’ai toujours eu le syndrome de l’imposteur, à me demander si j’étais vraiment à ma place, à me comparer aux autres. C’est aussi le prix de beaucoup de sacrifices : pas de vacances, peu de week-ends, énormément de temps consacré aux devis, à la communication… J’ai intégré l’association montpelliéraine Line Up, c’est un côté facilitateur pour les démarches. Aujourd’hui j’ai la chance d’être contactée directement. Récemment, la RATP m’a proposé de réaliser une fresque de 8 mètres dans le métro parisien entre Aubert et Opéra, un projet assez fou ! Bref, c’est une vie que j’ai choisie, c’est ma passion.Vivez-vous de votre art aujourd’hui ?
J’en vis aujourd’hui mais comme tout artiste, j’ai connu les années de galère… Il faut être super culottée dans ce milieu, je fais partie de cette génération qui devait se déplacer avec ses dessins sous le bras pour aller démarcher. Les réseaux sociaux facilitent énormément les choses aujourd’hui, Instagram est par exemple une super carte de visite. C’est grâce à eux que les artistes peuvent vivre de leur art, en collaborant avec des marques par exemple. Je suis consciente que tout reste fragile, je ne suis pas à l’abri d’une déconvenue. En dehors de la mort et de la maladie, la vie est un choix.Que pensez-vous de la place des femmes dans le milieu du street art ?
Il y en a de plus en plus mais malheureusement, comme souvent, elles ne sont pas assez contactées ! Dans les années 80, le milieu du graffiti était très masculin. Aujourd’hui, la nouvelle génération est davantage dans la rue, ça prouve qu’il y a une ouverture. Il y a des artistes extrêmement doués, dans la veine de MadC que j’admire beaucoup. Vous verrez, dans 10 ans, les femmes seront encore plus nombreuses dans le street art.Parmi vos œuvres, quelle est celle dont vous êtes la plus fière à ce jour ?
Je dirais la cuve de la cave coopérative de Nissan-lez-Ensérune, c’était un vrai challenge ! Sinon la fresque que j’ai réalisée sous le pont de la Seudre en Charente-Maritime, qui vit au rythme des marées, elle est très poétique. J’envisage d’ailleurs de la reprendre cet été.Selon vous, en France et dans la région, quelles villes se distinguent en matière d’art urbain ?
Sans hésitation, Rennes, comme en témoigne les nombreux appels à projets institutionnels. On peut aussi citer Metz et son festival « Constellations » auquel j’ai participé. On dit que Nantes bouge beaucoup. Dans le coin on peut citer Nîmes et son « Expo de Ouf », ou encore Sète, très active dans le street art.Rencontres d'art urbain "34°"
Rendez-vous le samedi 26 juin pour l'inauguration des fresques, à l'occasion d’une journée d’animations que l’on espère nombreuses et partagées autour des cultures urbaines (street art, skate, musique, parkour, slackline, etc.).© Crédits photos : Noon / LineUp